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Le géospatial : Un microcosme du code source libre - Partie 1 de 2
Par Paul Ramsey , OpenGeo
11 mars 2009

Tout le monde est familier avec les grands projets en code source libre, qu'il s'agisse d'Apache, de Linux ou de MySQL. Mais comment des projets plus petits et destinés à des marchés verticaux bien définis se débrouillent-ils? Paul Ramsey, impliqué dans les technologies dites Open Source depuis un certain temps, jette un coup d'oeil à la situation qui prévaut dans le cas du géospatial.

NDLR de Directions Magazine français: Ce qui suit est la première partie de la traduction d'un article de Paul Ramsey paru en anglais dans l'édition de mars 2009 de l'Open Source Business Resource. Cet article est sous licence Creative Commons.

« L’Homme est un microcosme, ou un petit univers, parce qu’il est extrait de toutes les étoiles et planètes du firmament, de la terre et des éléments; il en est donc la quintessence. »

- Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim, dit Paracelse

Le code source libre (ou Open Source) a connu un vif succès dans le domaine du traitement général de l’information, mais a-t-il de l’avenir dans les marchés verticaux? Dans cet article, l’auteur examine comment le géospatial nous offre un exemple des défis qui se posent au code source libre dans le cas d’un marché vertical de taille moyenne.

Le code source libre et les décideurs

Les logiciels en code source libre à vocation générale sont sur l’écran radar des décideurs depuis près d’une décennie. De gros projets comme Linux, Apache, Firefox et Open Office sont soutenus par des compagnies du Fortune 500 comme IBM et Sun. Tout le monde sait ce que c’est que le code source libre, qui fait partie des plans de chacun et sur lequel on a écrit des livres. Dans le domaine des technologies de l’information en général, il reste peu de choses à dire sur le sujet de l’Open Source.

Toutefois, le monde des TI ne s’arrête pas aux bases de données, aux systèmes d’exploitation et à la bureautique. Les TI sont comme une fractale, dont chacune des facettes majeures peut être subdivisée et re-subdivisée en des formes qui s’insèrent adéquatement dans des marchés uniques.

L’économie est remplie de marchés de niche qui ont des besoins particuliers en frais de traitement de l’information. On trouve des exemples de marchés de niche dans la santé, l’éducation, les ressources naturelles, le secteur manufacturier et la téléphonie. Dans chacun de ces domaines, on fait usage des « blocs de construction » génériques issus de l’Open Source et qui ont déjà balayé l’univers des TI. Pour chacune de ces sphères d’activité, il existe aussi un écosystème distinct de fournisseurs de logiciels propriétaires et de standards de facto qui régissent la prise de décision et l’acquisition de logiciels. Le code source libre est aussi en croissance dans ces marchés de niche, mais cette croissance est beaucoup plus lente que dans les TI à vocation générale. L’explication est simple : un plus petit marché signifie moins d’utilisateurs, moins de développeurs et moins de ressources pour le code source libre.

Histoire des marchés géospatiaux

Le géospatial est l’un des marchés de niche actuellement en cours de colonisation par l’Open Source. Les logiciels géospatiaux sont utilisés par les gestionnaires des ressources naturelles, les cartographes, les gestionnaires de flottes de véhicules et tous ceux dont les données qu’ils utilisent comportent une dimension spatiale.

Le terme « géospatial » est un néologisme utilisé pour désigner ce que l’on nommait traditionnellement « systèmes d’information géographiques » (SIG). Les premiers utilisateurs des logiciels SIG ont été des scientifiques gouvernementaux du domaine de l’environnement, et autres gestionnaires du territoire. Dès le milieu des années 60, les gouvernements élaboraient leurs propres SIG, en écrivant eux-mêmes leur propre code maison.

Dans les années 80, alors que le matériel informatique devenait de moins en moins cher et de plus en plus interopérable, les paramètres économiques des SIG se sont modifiés. Plutôt que d’acheter des ordinateurs et de construire des SIG de « A » à « Z », les gouvernements ont acheté des ordinateurs et des logiciels SIG. Un écosystème de vendeurs de SIG propriétaires s’est rapidement développé. Certains de ces fournisseurs étaient ancrés dans une région donnée, alors que d’autres se spécialisaient plutôt dans des domaines particuliers, comme la foresterie ou l’extraction pétrolière et gazière.

Certains des derniers systèmes maison ont été écrits par les gouvernements. Le Geographic Resources Analysis Support System (GRASS) a été écrit par le corps des ingénieurs de l’armée américaine, après qu’on ait déterminé à travers un processus d’évaluation qu’aucun des logiciels propriétaires ne répondait aux besoins. Le Map Overlay and Statistical System (MOSS) a été écrit par l’U.S. Fish and Wildlife Service, suite à évaluation du marché similaire.

GRASS et MOSS ont été publiés en tant qu’ouvrages du domaine public, devenant ainsi les tout premiers exemples de logiciels géospatiaux code source libre. GRASS s’est vu attribuer une Licence publique générale GNU (communément désignée par l’acronyme GPL) au milieu des années 90. Toutefois, tout au long des années 90, les logiciels code source libre sont restés généralement cantonnés dans les milieux académiques, pendant que les logiciels propriétaires investissaient tout l’écosystème des SIG de « poste de travail », tant en milieu gouvernemental que corporatif.

De la même manière que le marché des ordinateurs et des systèmes d’exploitation s’était consolidé sous les bannières d’Intel et de Microsoft à travers les années 80, le marché des SIG s’est consolidé au cours des années 90. Le bataille de consolidation du marché SIG en Amérique du Nord et, de plus en plus, dans le reste du monde, a été gagnée par un fournisseur propriétaire, ESRI, qui a démarré avec une base de clients au sein de la fonction publique fédérale américaine, pour déloger graduellement ses compétiteurs ailleurs dans le marché nord-américain. En 2000, ESRI s’était déjà taillée dans le domaine du géospatial une position comparable à celles d’Oracle et de Microsoft dans le marché des TI générales. La compagnie était devenue le vendeur « par défaut » et la seule option sans risque pour les décideurs.

Comme pour Microsoft et Oracle, la domination du marché par ESRI s’est construite à partir d’une ligne de produits étroite mais néanmoins importante. Microsoft dominait les systèmes d’exploitation et la bureautique. Oracle dominait les bases de données relationnelles. La catégorie dominée par ESRI était, et est toujours, le logiciel SIG de bureau. Ces logiciels SIG offrent aux utilisateurs la capacité de créer, d’éditer, d’analyser et d’imprimer sous forme de cartes les données spatiales.

Le marché bousculé

L’apparition de l’Internet a, c’est bien connu, bouleversé le modèle d’affaires de Microsoft. En 1995, Bill Gates a radicalement remodelé la stratégie logicielle de sa compagnie, pour qu’elle se concentre davantage sur la communication en réseau. La stratégie avait pour but d’empêcher l’ascension de ses nouveaux compétiteurs, qui auraient pu tirer profit de la nouvelle arène que représentaient les logiciels web. Du côté bureau (« desktop »), Microsoft a eu la main heureuse, Netscape ayant été écrasé et RealNetworks essentiellement disparu.

Dans le domaine géospatial, ESRI a été bousculé de façon similaire par l’arrivée de l’Internet. À mesure que ses utilisateurs s’habituaient à accéder à des données non spatiales sur le web, les gens d’ESRI se sont mis à se poser une question évidente : « Comment pouvons-nous fournir un accès Internet à nos données géospatiales? »

La question ne requérait pas d’analyse, d’impression cartographique ou de saisie de données, les forces principales des logiciels d’ESRI. La demande immédiate exigeait un accès simple aux données. Comme Oracle, ESRI a d’abord fait quelques erreurs stratégiques au moment de fournir des versions de ses logiciels adaptées à l’Internet. Leur modèle de prix ne convenait pas aux plus petites organisations, étant donné les coûts de démarrage trop élevés pour ces dernières. Cependant, plutôt que de lancer la serviette et de cesser de fournir des services web, ces petites organisations et individus ont simplement cherché des alternatives. Dans le cas d’Oracle, ils ont trouvé MySQL et PostgreSQL. Dans le cas d’ESRI, ils ont trouvé MapServer.

On pourrait avancer que les prix que souhaitaient les individus et les petites organisations n’auraient de toute façon jamais pu être offerts par ESRI ou Oracle, rationnellement. Mais, en s’aliénant ainsi ces particuliers et ces petits joueurs, les fournisseurs dominants ont semé les germes d’un nouveau marché, au sein duquel s’est développée rapidement une série de produits alternatifs en code source libre.

La dynamique du code source libre géospatial

En 2000, le marché des « serveurs cartographiques » (« web map server ») était tout neuf. Les coûts élevés et les faibles performances des produits ESRI en ont ralenti l’adoption. Le bas niveau technique requis pour « afficher des cartes sur l’Internet » a permis à un nouveau joueur de gagner du terrain sur le marché. MapServer a d’abord été développé dans un environnement académique, à l’Université du Minnesota, à l’aide de subventions. Publié en Open Source en 2000, il avait juste assez de fonctionnalités pour commencer à attirer de nouveaux développeurs.

Après que MapServer ait commencé à rendre de fiers services à ses utilisateurs, il a commencé à entrainer de nouveaux développements en code source libre. Contrairement au modèle « pay to play » des produits propriétaires, la partie libre de Map Server permettait aux organisations de se mouiller d’abord le bout des pieds avec quelques possibilités gratuites, pour ensuite payer pour en ajouter d’autres si et quand elles le voulaient. Les organisations qui ont adopté la partie gratuite de MapServer ont donc commencé à consacrer des fonds à l’ajout d’améliorations annexes.

Parmi les fonctions ajoutées par la communauté d’usagers de MapServer, on compte la capacité de lire des données dans des formats SIG additionnels et des données d’imagerie satellite, en plus du support des standards internationaux d’interopérabilité. Ces améliorations, surtout celles relatives au support des standards, ont rendu MapServer utile à une plus vaste base de personnes, ce qui a encore accéléré la croissance du marché.

Les caractéristiques de ceux qui adoptent le géospatial en code source libre seront familières à tout étudiant de la dynamique du marché de l’Open Source. Les outils libres sont généralement évangélisés par les techniciens, qui ont la capacité de maîtriser et de tester ces outils eux-mêmes. Cela en limite de manière effective l’adoption précoce aux startups et aux plus grosses organisations dotées de « poches » d’expertise en matière de technologies progressives. Les organisations conservatrices tendent à amasser leurs informations par le biais de fournisseurs et de magazines professionnels spécialisés, qui servent surtout à renforcer les modèles d’achat existants. Les organisations qui ont déjà fait le choix d’un produit propriétaire pour une catégorie fonctionnelle donnée passent rarement à un équivalent code source libre, à moins que le produit ne cesse carrément d’exister.

Les exceptions à cette règle sont les phénomènes du code source libre, comme Linux ou Firefox, qui ont pu bénéficier de visibilité hors des magazines techniques spécialisés. La publicité entourant Linux a même forcé certaines organisations conservatrices à considérer formellement de passer au code source libre du domaine général.

Le géospatial code source libre reste une petite niche et ses logiciels ne recevront jamais le type de couverture médiatique qui a rendu Firefox et Linux célèbres. La plupart des clients existants du géospatial, comme les gouvernements et l’industrie des ressources, restent largement entre les mains du vendeur propriétaire dominant, ESRI.

La suite de cet article paraîtra la semaine prochaine.

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